Et si l'hélicoptère monétaire faisait tomber de l'argent du ciel?

Depuis 2008, l’hélicoptère monétaire survole nos banques et nos Etats. Fera-t-il tomber du ciel de l’argent sans contrepartie aussi pour tous les citoyens?

Depuis huit ans, nos banques centrales pratiquent la politique d’assouplissement monétaire (quantitative easing). A ce jour, elle ne produit pas les effets escomptés, sensés nous sortir de la crise systémique: l’inflation et la croissance économique. Son seul résultat tangible est la flambée boursière et le maintien en l’état du système financier, qui reste organisé surtout en faveur des banques.

Cette politique consiste pour la banque centrale à créer de la monnaie électronique destinée à racheter dans le marché des emprunts d’état. La Fed l’a pratiqué à grande échelle de 2008 à 2015 et continue à le faire de façon officieuse. La BCE injecte depuis 2014 chaque mois 60 milliards d’euros dans le marché sous cette forme. Le but est toujours de renforcer l’effet de la politique traditionnelle des taux d’intérêt directeurs bas pour relancer durablement la machine économique en augmentant la masse monétaire. La théorie veut que l’augmentation de la masse monétaire suffise en soi pour assurer la croissance en stimulant le crédit bancaire et donc l’investissement et la consommation.

Force est de constater que le système bancaire ne peut ou ne veut plus jouer le rôle attendu de courroie de transmission entre la politique monétaire de la banque centrale et l’économie. L’argent créé par les banques centrales reste dans les coffres des banques (sous forme de réserves déposées auprès de ces mêmes banques centrales) ou alimente leurs opérations pour compte propre dans les marchés financiers. D’où le recours à des taux d’intérêts négatifs sur ces réserves en Europe (par la BCE et la BNS) et au Japon, recours qui ne semble pas non plus apte à nous sortir de l’impasse.

La métaphore de l’hélicoptère monétaire, due à Milton Friedman, désigne l’idée d’augmenter la masse monétaire par de l’argent gratuit et sans contrepartie mis à disposition de tous les agents économiques pour soutenir la croissance. En fait, l’hélicoptère monétaire arrose bel et bien de sa manne le système bancaire et les Etats depuis huit ans déjà. Il peut opérer en trois variantes de base.
   La première variante est en cours: la banque centrale rachète aux investisseurs des emprunts d’Etat avec de l’argent électronique qu’elle a créé. Grâce à l’argent provenant de ces ventes, les investisseurs peuvent acheter de nouveaux emprunts d’Etat. La banque centrale finance donc indirectement la dette de l’Etat. Cette variante avantage en premier lieu les investisseurs et le système bancaire.
   Dans la deuxième variante, la banque centrale pourrait acheter directement des emprunts de l’Etat d’une durée illimitée, mais sans lui payer un intérêt. Elle financerait directement sa dette. Ici, les citoyens sont au moins indirectement plus avantagés que dans la variante en cours.
   Dans une troisième variante, la banque centrale pourrait renoncer au remboursement des emprunts d’Etat qu’elle détient déjà – très largement notamment aux Etats-Unis (19%), mais aussi en Europe et au Japon – et détruire ces papiers-valeurs sans contrepartie. Elle ferait alors cadeau de cet argent à l’Etat et donc à tous les contribuables et citoyens. Ils seraient bien les premiers bénéficiaires de cette variante. Les deux dernières variantes sont de toute évidence bien plus prometteuses économiquement et équitables socialement que la première.

Une quatrième variante de l’hélicoptère monétaire mérite également d’être considérée: la distribution directe d’argent gratuit aux citoyens. Pourquoi ne pas envisager la distribution par la banque centrale d’une somme d’argent significative unique ou fixe pendant une certaine période? Voire l’octroi d’un crédit de très longue durée et sans intérêts à tous les ménages et les petites entreprises familiales? Il y a fort à parier que la hausse de la masse monétaire par cette variante produirait bien plus sûrement une reprise économique que les expériences en cours. Cela sans parler de l’effet correctif bienvenu sur l’inégalité croissante des revenus et des richesses.

AS 15.06.2016